Auvers-Disque celtique

  • View
    56

  • Download
    1

Embed Size (px)

Text of Auvers-Disque celtique

Deux lments fondamentaux du Premier style celtiqueIn: Travaux sur la Gaule (1946-1986). Rome : cole Franaise de Rome, 1989. pp. 561-574. (Publications de l'cole franaise de Rome, 116)

Citer ce document / Cite this document : Duval Paul Marie.Deux lments fondamentaux du Premier style celtique. In: Travaux sur la Gaule (1946-1986). Rome : cole Franaise de Rome, 1989. pp. 561-574. (Publications de l'cole franaise de Rome, 116) http://www.persee.fr/web/ouvrages/home/prescript/article/efr_0000-0000_1989_ant_116_1_3692

DEUX LMENTS FONDAMENTAUX DU PREMIER STYLE CELTIQUE

Le premier style de l'art celtique ancien, qu'on situe aujourd'hui, dans l'Europe latnienne continentale, entre -450/425 et -350, se dis tingue, d'une part, par les emprunts de motifs vgtaux faits l'art mditerranen (et d'autres motifs dits orientaux, d'o son caractre composite), d'autre part, par leur utilisation la fois rgulire, symt rique, svre dans la disposition, et cependant par une transformat ion originale de ces motifs et par des diffrences de disposition de dtail galement nouvelles. Un dbut de libration, un commence ment d'invention se manifestent ainsi la fois sur le plan de l'adapta tion motifs et de la composition qui les met en uvre. Parmi ces des motifs vgtaux, fleurs et boutons, feuilles et tiges, vrilles, il en est deux qui se dtachent nettement : la palmette avec son accompagne ment tiges sinueuses aux spirales terminales qui, poses de d'esses, chaque ct d'elle, voquent ce qu'on est convenu d'appeler une lyre, et le lotus, bouton pointu encadr de deux feuilles qui s'va sent (fig. 1). Tantt se succdent des palmettes, entre leurs lyres, alternativement droites et inverses verticalement, tantt une palmett e lotus, l'endroit. Deux uvres bien connues, le disque d'Auet un vers-sur-Oise (Val-d'Oise) et le bol de Schwarzenbach (Sarre), objets de luxe en or, permettent de saisir en quoi consiste exactement la libert prise l'gard du modle et, du mme coup, de dfinir le caractre fondamental de l'art celtique ses dbuts. I. Le disque en bronze repouss recouvert d'une fine plaque d'or martel, trouv Auvers-sur-Oise en 1882, est orn de douze mor ceaux piriformes de corail et de trois pastilles d'mail rougetre in galement conserves (fig. 2)1. Son dcor est fait de lignes courbes

'Jacobsthal, Early Celtic Art, n 19, pi. 19-20 (avec un bon fac-simil), Pat terns 329-330; - J. V. S. Megaw, Art of the European Iron Age. A study of the elusi ve image, Bath, 1970, n42. - Diam. : 10,1 cm; haut, totale: 2,5 cm. - Au Cabinet des mdailles, Bibliothque nationale, Paris (inventaire : Reg. F 3399). D'un examen la lunette binoculaire, il rsulte que les douze pices de couleur

562

IH - L'ART DES CELTES ET LA GAULE

Fig. 1 - Frises classiques de palmettes et lyres ( gauche) et de palmettes et lotus ( droite).

Fig. 2 - Le disque d' Auvers-sur-Oise (Val d'Oise). Fac-simil. Semis serr : corail ; moins serr : restes d'mail.

DEUX LMENTS DU PREMIER STYLE

563

traites comme de fines tresses. Il est compos d'lments rgulir ement disposs en cercle autour d'un noyau central. Parmi eux domi nent quatre lyres encadrant chacune une palmette trois feuilles et disposes en croix, a, b, c, d (fig. 3 et fig. 4 gauche). Dj, le trait ement de ces lyres se distingue par une certaine libert : les spirales proches de la priphrie prsentent un enroulement prononc, celles du centre ne forment qu'une boucle qui se confond avec la feuille latrale de la palmette. Pour un peu, on dirait plutt d'une demi esse (ou d'une spirale fortement foliace) dont le bas se fond avec la pal mette. La fusion de deux motifs, esses et palmette, frappe ici tout d'abord. De chacune de ces quatre lyres, une moiti forme avec la moiti voisine de la lyre suivante une autre lyre distendue vers l'extrieur et cette distension rsulte de la disposition en cercle d'une suite de palmettes et de lyres (fig. 4, droite). Ces quatre lyres vases (a', b', c', d') sont composes des mmes lments que les prcdentes mais naturellement inverss par rapport eux : alors que les esses prc dentes taient jointives vers la priphrie et lgrement cartes vers le centre, celles-ci sont fortement cartes vers la priphrie et jointi ves vers le centre (fig. 3). Il y a donc beaucoup de place, la priphr ie, ce qui devait tre ici une palmette, inverse verticalement pour par rapport aux prcdentes. Aussi a-t-on log l cet lment compos de trois feuilles pointues (auxquelles s'ajoute, en deux cas sur quatre, un cercle, sorte de bouton orn d'une pastille d'mail qui cache un rivet), qu'on hsite appeler palmette : on croirait plutt un lotus dis tendu la base, avec son bouton central et ses deux feuilles qui s'va sent(fig. 2 et 5). Il ne se confond pas, lui, avec les spirales de la lyre.

piriformes sont bien du corail, poli, rose-saumon, ici et l blanchi ou bruni et mme verdi sur les bords. Les trois pastilles contenues dans les trois cercles en saillie (le balustre du milieu et les deux plus petits) cachaient chacune un rivet fixant, le premier, le balustre sur les deux feuilles de bronze, les autres, l'ensemble sur un autre objet. Elles sont en mail aujourd'hui bruni et craquel, rouge sans doute l'origine. Bien conserv au centre et dans l'un des deux petits cercles, l'mail a presque disparu dans le second petit cercle. L'un des plus anciens exemp lesconnus d'mail celtique, il parat s'tre affaiss ds sa pose au fond des alvol es circulaires, laissant seulement sur les parois, presque jusqu'en haut, une mince pellicule de sa masse. Le bord de la feuille d'or est repli entre les deux feuilles de bronze. Les dcoupages de celte feuille sont un peu plus troits que les morceaux de corail, qui sont ainsi maintenus entre l'or et le bronze. Le bronze, feuilles et rivets, est vert-de-gris ; la face infrieure porte des traces de rouille, qui viennent videmment de la surface convexe d'un objet en fer ou contenant du fer, sur lequel le disque tait appliqu. Les quatorze petits rivets du pourtour, qui fixaient la feuil le sur le bronze, sont en or, au moins pour la tte. - Mes remerciements M. d'or V. Kruta, qui a fait avec moi l'examen de l'objet.

564

III - L'ART DES CELTES ET LA GAULE

1 cm

Fig. 3 - Auvers. Le motif fondamental : lyres et palmettes (a, b, c, d), lyres largies inverses (a', b', c', d').

a-d

a'-d'

Fig. 4 - Auvers. Lyre normale (a, d) et lyre largie redresse (a', d')-

DEUX LMENTS DU PREMIER STYLE

565

Fig. 5 - Auvers. Palmette triple, lments triples de lotus, lments quadruples de lotus. La nouveaut, ce n'est pas l'alternance palmette-lotus, c'est que le lotus, d'ailleurs dform, soit invers par rapport la palmette. On trouvera l'inversion oppose, o la palmette se trouve la tte en bas, sur la frise infrieure du bol de Schwarzenbach (fig. 8 et 11). Tel est l'essentiel de cette composition. Elle est simple, rgulire, quilibre et on la retrouve sur d'autres uvres celtiques de ce Pre mier style, avec d'autres lments, par exemple des lotus sur la pla que de Schwabsburg2. Elle est toutefois un peu brouille par l'emploi du corail et de l'mail, disposs rgulirement aussi mais suivant une autre ordonnance. Huit gouttes piriformes de corail entourent le cen tre et n'occupent, dans le dcor, que des vides dans la base des esses (fig. 3). En revanche, quatre autres, plus grosses, recouvrent le plein du bouton des quatre lotus, formant ainsi une croix dont les bran ches s'inscrivent entre celles de la croix forme par les lyres a-d (fig. 2). L'il est par l distrait d'identifier les palmettes, sans corail, et les lotus, avec corail. De plus, deux cercles orns d'mail rougetre renforcent deux branches opposes, et deux seulement, de cette nouv elle croix, dont le centre est form par une grosse pastille de mme matire. A cause de la diffrence de matire de ces ornements, l'effet de diversit devait tre plus grand encore (fig. 2, a' c'). Donc, composition circulaire qui distord la frise, remplacement de la palmette inverse par un lotus , fusion des esses avec les feuil les la palmette, imbrication de deux axes cruciformes formant de comme les huit rayons d'une roue, accentuation de deux de ces rayons privilgis et du centre de la roue par des touches d'mail, brouillage de l'ensemble par des touches de corail qui tantt font sail lirdes vides, tantt accentuent une seule partie d'un lment vgtal : telles sont les nouveauts de ce dcor par rapport aux ordonnances mditerranennes. Il n'est pas abusif d'affirmer que l'artiste a jou surtout avec la disposition des esses et que les motifs palmette et lotus sont passs pour lui au second plan : la palmette, petite, se fond avec les volutes des esses, le lotus est prsent en trois lments distincts et 2 Jacobsthal, . e, n 21.

566

HI - L'ART DES CELTES ET LA GAULE

spars la base, les taches de couleur pargnent la palmette mais accentuent la seule partie centrale du lotus. On a jou, de plus, avec une trame cruciforme colore qui se superpose, en quelque sorte, avec dcalage, la croix des quatre lyres normales. Cette tendance, gomtrique et savante, est minemment antinaturaliste. La composit ion, utilise des motifs vgtaux, les traite ensuite avec un certain qui mpris au bnfice d'un jeu d'axes rayonnants et de couleurs.

1 cm 6 Fig. 6 - Auvers. Le motif central form par les palmettes. Fig. 7 - Auvers. Lyre (a, d) pouvant se lire comme une amorce de figure humai-

L'quilibre reste pourtant parfait : aux huit volutes fournies de la priphrie rpondent, galement par paires, les huit gouttes de corail qui entourent le centre (fig. 3); les quatre palmettes forment un motif losange des plus classiquement dcoratifs (fig. 6) ; seules les deux past illes d'mail de deux lotus n'ont pas leurs pendants. On ne saurait trop louer la subtilit de cette composition, excute la main, sans aucun procd de rptition mcanique - d'o son chic remarquab le.est purement